Wednesday, 17 June 2026

L’aide médicale à mourir (l'AMM) pour des raisons uniquement de santé mentale : la commission parlementaire recommande au gouvernement canadien de l’interdire indéfiniment.

Commençons par les journalistes mal informés : l’AMM n’est pas l’euthanasie. Dans le premier cas, c’est la personne elle-même qui décide de recourir à l’AMM. Dans le second, la décision est imposée à une personne qui n’y a pas consenti. C’est clair ?

J’ai des sentiments mitigés sur cette question lorsqu’il s’agit de la maladie mentale : je comprends qu’avec une thérapie et un traitement médicamenteux adaptés, il existe une chance raisonnable que la personne connaisse une amélioration temporaire de sa qualité de vie. Je comprends donc pourquoi certains médecins et psychiatres veulent d’abord essayer toutes les solutions possibles. Il en va de même pour les pensées suicidaires. Le traitement des idées suicidaires n’a pas et n’aura jamais de taux de réussite de 100 %. Je connais des personnes qui ont bénéficié d'une bonne intervention thérapeutique et de bons médicaments psychotropes dès la première tentative, d’autres à la deuxième, et quelques-unes qui n’y sont pas parvenues et qui ont fini par mettre fin à leurs jours.

Mais ne vous y trompez pas : cette vision et cette volonté d’agir constituent, en elles-mêmes, une discrimination positive – une violation de l’article 7 de la Charte et du droit à l’autonomie individuelle. Dans des décisions telles que Carter, nous avons fait beaucoup de chemin depuis Rodriguez. Cette réalité explique pourquoi certains partis politiques ne souhaitent pas que cette question soit examinée par la Cour suprême du Canada. 

C’est lorsqu'on parle du cycle de la vie que je commence à perdre mon enthousiasme pour cette approche. L’une des cruautés de la vie est que notre empreinte sociale s’amenuise inévitablement à la suite de la mort. La plupart des gens parviennent à s’adapter et à aller de l’avant, mais certains, à un moment donné, n’en ont plus envie. Certaines personnes sont littéralement seules au monde, ou n’ont que peu de relations ou d’amitiés solides et enrichissantes. L’État est-il vraiment censé dire à ces personnes qu’elles doivent s’accrocher jusqu’à leur mort physique ? Je ne considère pas cela comme une solution équitable. Pas du tout. À un moment donné, même une personne atteinte d’un trouble mental devrait pouvoir être l’arbitre de sa propre vie, mais comment s’assurer que cela tienne la route, tant sur le plan juridique que sur le plan moral ? 

Penchons-nous maintenant sur le cas de personnes souffrantes de troubles cognitifs graves. Il s’agit d’une ou de plusieurs formes de démence. Dans le cas de ma mère, elle a passé ses deux dernières années confinée à son lit et à son fauteuil. Devait-elle vraiment passer ses derniers jours dans un tel état ? Je ne le pense pas. 

C’est là que les directives anticipées en matière de soins de santé devraient entrer en jeu : une personne ne souffrant d’aucune maladie mentale ou cognitive, ainsi que celles présentant des troubles de santé mentale gérables ou une déficience cognitive légère, devraient pouvoir rédiger et signer de telles directives. Il devrait y avoir un seuil ou une loi élaborée par le Parlement permettant à une personne d’agir de bonne foi, conformément à ce qu’elle-même et ses médecins ont préalablement déterminé, selon la prépondérance des probabilités, qu’un traitement psychiatrique aurait des chances d’être inutile plutôt que le contraire. 

En tant que personne ayant déjà souffert d’idées suicidaires et ayant tenté de mettre fin à mes jours en 2013, voici ma position. Tout ce que je demande à chacun de nos députés, c’est d’essayer de se mettre à la place de ceux qui souffrent d’une détresse et d’une cruauté mentale insupportable. Nous leur devons bien au moins cela !

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