En anglais, on parle de « test décisif » – c'est-à-dire la question clé qui permettra à un parti d'arriver au pouvoir lors des prochaines élections et sans doute, le défi crucial pour les libéraux en ce qui concerne leur crédibilité électorale auprès de la majorité francophone. Tout tournera autour de la loi 96 et de l’application de la clause dérogatoire. C’est une question sur laquelle le chef est personnellement d’accord, mais au sein du caucus parlementaire, il manque de soutien. Quelle surprise. Milliard a récemment dû faire marche arrière publiquement en modifiant ses propos aux médias. Un futur gouvernement libéral présentera des amendements à cette loi, et quant à la clause dérogatoire, on verra bien. En bref, sans un engagement solennel de conserver la clause dérogatoire, le parti risque de perdre la faveur des Québécois « purs et durs » lors des élections d’octobre. Telle est la triste réalité.
Le PLQ prévoit de dévoiler sa politique linguistique et culturelle dans les deux prochaines semaines, et son chef semble déjà satisfait du résultat. Tant mieux pour lui. Cependant, Milliard est pleinement conscient qu’il ne doit laisser aucune marge de manœuvre aux autres partis d’opposition pour discréditer le chef libéral et son parti.
Milliard nous rappelle que le PLQ est le parti de l’économie et que ce sera le thème central des prochaines élections. Il sait qu’une fois la campagne électorale lancée, il est très rare qu’un parti la termine sur les mêmes enjeux qu’au début. Et les prochaines élections ne feront pas exception. Le nationalisme, ainsi que la protection de la langue et de la culture, devrait dominer le paysage politique dès l’automne prochain.
Il se peut que la majorité des Québécois accepte un retour au libre choix dans l’enseignement supérieur et la formation des adultes, compte tenu du contexte économique nord-américain, mais le PLQ risque de trébucher s’il va plus loin que cela dans le domaine de l’éducation.
Enfin, le parti commet une erreur stratégique en mettant particulièrement l’accent sur la question fédéraliste-souverainiste. Tout le monde connaît déjà les couleurs du PLQ. Très, très peu d’électeurs francophones voteront pour notre parti qui considère que cette question est la principale raison pour laquelle ils votent pour les libéraux.
Il est plutôt ironique que le chef du parti soit issu d’un milieu nationaliste et qu’il ait un instinct naturel pour protéger et promouvoir le français, quelles que soient les mesures que cela implique, alors que certains de son groupe parlementaire ne partagent pas tout à fait cette perception. C’est là le principal défi auquel sont confrontés Millard et la politique de son parti en matière de protection du français. Si Millard prend les rênes de son caucus parlementaire, il renforcera sa crédibilité personnelle et celle du parti. Si la division reste à l’ordre du jour, notre parti ne sortira pas vainqueur des prochaines élections. Sur la question du français, le chef et la grande majorité du caucus doivent adopter une position ferme sur les principales préoccupations des Québécois en matière de langue et de culture. Millard ne doit surtout pas laisser passer cette occasion avec la communauté « pure laine », mais en fin de compte, c’est à lui seul qu’il reviendra de déterminer si le PLQ est suffisamment en position de force pour remporter les élections en octobre prochain.
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